Profitons de ces quelques jours de lombarde pour écrire un peu.
A la demande générale il faut que je vous raconte mon plus grand vol de distance, le jeudi 8 mai.
Qui dit gros vol, dit gros article.
D'abord situons le contexte :
Après la compétition de Dignes du 3 et 4 mai où je fais une bonne place, la confiance est là.
Le 7 mai je tente le grand tour du lac de Serre-Ponçon (en partant de Chateauroux les Alpes) que je rate de peu à St Vincent les Forts à cause d'une petite rentrée de Sud et une erreure d'option.
Le 8 Mai, donc, on va de nouveau voler avec Caro et Thomas qui reprend.
On décolle à 12h et Caro monte plus vite que moi comme souvent en thermiques.
Mais moi je vais plus vite, chargé 5 kilos au dessus de la fourchette de ma Rebel S.
Caro me laisse alors qu'elle était bien partie car sa radio bug et elle croit que je lui dit que c'est atomique.
Me voilà donc seul à 3000m, mais j'ai l'habitude, en route vers Briançon où je pense poser dans de la Lombarde.
Transition sur tête de Fouran en faisant bien attention à rester hors de la zone de nidification.
Là, thermique plus fort 3300m et feu tout droit sur l'Argentière par le côté gauche de la Durance, face au Nord au dessus des faces Sud-Est des contreforts des Ecrins.
Positionement et trajectoire normale car le vent est de Sud-Est environ 20 km/h.
Le froid est là et dès que je peux, je transite les mains en bas pour éviter les onglées.
Je trouve aussi une nouvelle technique de réchauffement en secouant les épaules et ça marche.
Rue de nuages jusqu'à la tête d'Aval toujours aussi impressionante ( 550m de face sud calcaire ), une des plus grandes et des plus belles faces calcaires d'Europe.
Là, évidement, thermique encore plus fort (7,5m/s) et me voilà entraint de noyauter le thermique en companie de deux planeurs dont un qui enroule sur la tranche et qui monte aussi vite que moi, me poussant à enrouler encore mieux pour ne pas se gêner. C'est la première fois que j'enroule un thermique avec un planeur comme si c'était un parapente (en opposition).
Bientôt le nuage, 3650m, ce sera mon plus haut plafond du jour, il faut tracer droit vers le Nord-Nord-Ouest en suivant les crêtes et surtout les nuages en direction du col de l'Echaudat un vieux rêve qui va peut être s'exausser.
Effectivement, ça passe facile et me voilà légèrement poussé par le vent entre Monetier les bains et Le Casset en visant les faces sud ouest.
A ce moment j'ai déjà fais le choix de me poser vers Monetier pour éviter une éventuelle rentrée de lombarde sur Briançon.
Mais cela fait à peine 1h que je vole et je fonce donc de l'autre côté de la vallée pour trouver quelque chose qui me prolongera le vol vers le col du Lautaret.
Je tape bas, sur une face orientée le plus face à la brise qui vient de Briançon et à mon grand regret, je ne trouve rien.
30 secondes après je dois prendre la décision de me poser !
Par chance un immense champ, non cultivé, près d'un lac, fera un très bel atterro.
Je me met à sa verticale à 50m sol, fais un 360° léger pour le fun et pour voir la dérive du vent, et là ...!!!
Je rentre dans un thermique généreux relativement large et profond pour un thermique qui vient de naître.
Le 360° pour descendre se transforme en spirale pour monter et le thermique se laisse enrouler avec une facilité déconcertante. On dirai un thermique "de plaine" avec une légère dérive, de plus en plus marquée : un thermique école. Je comprends en enroulant que c'est le contraste des champs avec le lac qui a géneré ce thermique.
Me voilà donc vers 3000m avec toutes les grandes faces Nord des Ecrins devant moi clafies de neige, une ambiance himalayenne. De gauche à droite Pelvoux, Pic sans non, Ailefroide, Barre des Ecrins, et la Meige bien sûr, mais tout ne rentre pas dans la même photo, c'est grandiose!
C'est là que le titre de cet article résonne dans ma tête.
A ce moment là, deux choix s'offrent à moi.
Soit passer le col du Lautaret et essayer d'aller à Grenoble, soit passer le col du Galibier direction Valloir, la Maurienne et inch'Allah.
C'est le moment où je décide de me lacher.
Tant-pis pour le retour en stop, à moi les kilomètres.
Je passe donc le col du Galibier par la droite, bien au dessus du pic du grand Galibier(3228m).
Je regarde mon Gps et stupeur : vitesse sol 73km/h !
Et Banggg!!! Grosse fermeture à 60% côté gauche, très violente.
Je tombe du côté fermé, un demi tour de twist, la voile par en rotation sur un demi tour, réouvre seul, détwistage et sortie sur un tour et demie.
J'en ressorts assez atteint continuant vers Valloire, en essayant de m'en remettre.
La fermeture a été tellement violente que le réglage gauche du dossier de ma sellette s'est complètement ouvert. Je dois donc le resserrer en vol.
Je n'ose plus me rapprocher du relief et je sens le vent de Sud-Est me pousser.
Je me rapproche quand même d'une arête et trouve un thermique normal que j'enroule.
Cela me permet de continuer, avec de la hauteur, vers le lac de Pramol, à gauche du col du Télégraphe.
Là, thermique et traversée de la Maurienne direction les alpages au Nord-Ouest sous la cime du Lanchon, juste au dessus de St Jean de Maurienne. Car le vent de vallée vient de l'Est et m'empêche de taper juste en face. Un coin sympa mais pas de thermique.
J'applique donc la bonne vielle méthode : "le fil de l'arête", et ça marche.
2800m et je suis la Maurienne direction Nord-Ouest.
L'autoroute est sur ma gauche, mais je me vois mal y faire du stop.
Je me dirige en enroulant de temps en temps vers un Venturi qui va me couter 2h et des kilomètres.
Le col de la Madeleine est sur ma droite mais je ne le sais pas.
Plus tard en ouvrant une carte, je me suis aperçu que j'aurai dû passer par là.
Me voilà donc à l'entrer du Venturi, bas, avec un vent de vallée Nord, Nord-Ouest maintenent.
Mais les venturis, on est habitué, ça nous fait pas peur...tu parles.
Première tentative basse avec des thermiques petits puissants et ultra couchés me ramenant à la case départ.
Deuxième tentative où je pousse plus loin mais je me retrouve encore plus bas et encore plus contré.
Donc demi tour en passant bien sûr un peu sous le vent de la petite arrête.
Ca bouge un peu, et bing thermique sous le vent très couché, j'enroule tant que je peux et remonte à une altitude raisonable pour envisager une autre stratégie.
Là, je vois 2 planeurs à mis pente du col de la Madeleine qui commence à enrouler.
Feu, droit dessus et 2800m mieux placé.
Donc troisième tentative plus haut, plus facile avec un peu d'accélérateur tout de même.
Ca passe ! Je me colle au relief pour bénéficier du dynamique de travers et arrive dans une combe. Là, thermique mais je n'arrive pas à passer l'altitude des crêtes. je suis en théorie sous le vent, et je vois passer les planeurs au dessus des crêtes dans l'autre sens.rrrrrhhhh
Je contourne donc la deuxième arête et me retrouve dans une deuxième combe.
Et rebelotte, thermique dans la combe et contournement de la troisième et dernière arête.
Yes, ça passe et je suis au vent avec du dynamique de pente, ça va mieux.
Je t'es eu, enfouaré de Venturi!
Je me trouve maintenant en direction du Nord vers la montagne du Grand Arc.
Mais un congestus s'y est formé et m'empêche de me diriger ver la vallée principale qui mène vers Alberville, mais je ne sais pas que c'est cette ville.
Je décide donc de passer par derrière le congestus car je vois un petit col sans route mais éclairé.
Donc feu, droit dessus et bing, ça marche.(col de Basmont).
Thermique doux, du soir, je suis au seul endroit du coin où il y a du soleil et je passe le col avec juste 300m de plus, direction la Tarentaise et les faces Ouest éclairées.
Ma radio est vide, j'entend le bip bip qui faibli, et puis plus rien.
En traversant le début de la Tarentaise, je me rend compte par moi même (car mon Gps a buguer il y a déjà une heure), que le vent de vallée est de Nord-Ouest et je vise une combe qui pourrait être sous le vent.
Au dernier moment je tourne face au vent et préfère m'appuyer sur la face Ouest ensoleillée, que j'arrive à remonter comme si c'était à Chateauroux.
Me voilà sur la face Nord-Ouest avec un col (col de la Bâthie) qui me tend les bras et une face Sud-Ouest à l'ombre, mais peu importe j'y vais, ça passe facile et là, surprise de taille, je me retrouve face au Mont Blanc que je prends en photo.
La vallée d'après est très jolie même tout à l'ombre, il est 18h30 et je dérive avec le vent du sud et l'air qui redescend la vallée, je ne sais pas où je suis.
Une pente est au soleil et face à une brise qui remonte de l'autre côté.
La vallée compte cinq embranchements et est plutôt encaissée.
Un endroit bien dégagé et au soleil m'attire pour me poser en sécurité, je lui fais face, la brise de vallée est de face, je n'ose m'appuyer sur la pente douce du vol du soir et pose après quelques huit pour repérer un champ dégagé et non cultivé.
Je pose, il est 18h45mn. 6h45mn de vol, plafond maximum 3650m, vario maxi 7,5m/s
Je ne sais toujours pas où je suis.
Quelque part a 20km au Sud Ouest du Mont Blanc.
Gros pipi et je peux enfin savourer l'instant.
J'appelle Caro qui s'inquiétait, je plie et commence à me mettre en route pour un peu de stop, quand je croise un panneau : "Les volatiles club et écoles, atterrissage de la pompe à 200m"!!!
Je prend le chemin et me retrouve avec trois personnes au fond du terrain que je n'ose aborder.
Quel fût mon étonnement quand je vis les deux grosses manches à air rouges en bordure de terrain.
Comment ai-je pu ne pas les voir ? Peut être étais-je trop concentré sur le fait de poser sur un champ à herbe rase, sans ligne (car je sais que l'herbe à vache est sacrée en Savoie).
Mais non, en fait, les trois personnes sont venues après mon posé, mettre les deux manches à air.
Car en zoomant sur la photo, elles n'y sont pas !
De retour sur la départementale, je tends le pouce et bingo, une gentille dame me prend en stop.
Je lui dis que je vais vers une grande ville et elle comprend que je veux aller à Alberville.
Ok et nous voilà partis vers la ville.
"Comment s'appelle le village que l'on vient de quitter ?"
"Beaufort"
Ok, je suis donc dans le Beaufortin.
Gare d'Alberville 19h45mn jour férié...pas de train avant le lendemain 7h42mn.
Devant la gare il y a un Kebab et un hotel ***(un peu chèr), mais c'est la fête.
Retour le lendemain par le train départ 7h42mn, arrivée 13h45mn à mont dauphin gare(Guillestre). 6h de trajet, trois correspondances.
Coût : 59€ l'hotel+petit déjeuner, 4€50 le Kebab, 2€ la bière, 34€ le retour en train, un café 1€50, un magazine 6€30, une carte ign 5€, un coca 2€ = 114€30 pour 120km.
Presque 1€ le kilomètre.
Je sais vous allez me dire arrète de nous faire baver.
Mais c'est à la demande générale que je vous fais part de ce vol.
Attention ! Cela ne doit pas vous pousser à faire des vols de fous, sous prétexte que la barre a été mise haute.
je citerais une phrase de Charlie Piccolo ( le maitre de la dune du Pîla), dans le dernier Vol Libre :
" S'il y a bien une chose à ne pas faire, c'est copier ou se référer aux autres. Car c'est tout simplement son intégrité physique que l'on engage.
A bientôt, Rémi.
3 commentaires:
heureusement qu'on sait tout ça après!!!!parce que je n'ai pas d'autre petit frère pour te remplacer.
Mais tu as dû bien t'éclater
Super !
Rémi, rassure-toi, tu ne nous fais pas baver, mais rêver.
Et faire rêver les autres, c'est leur donner un peu de joie, c'est dilater leur tête, le bonheur ça se partage.
On est vraiment content pour toi : ton plus beau vol. En attendant le suivant.
Dommage que Caro n'ait pas pu t'accompagner.
A bientôt
Denis
Le vol n'a pas été engagé, à part les tentatives de passages bas du venturi qui auraient pu être évitées.
Mais venant de la famille, l'inquiètude est compréhensible.(Nanou)
Merci Denis pour ton soutient, on reconnaît bien là, les paroles du philosophe.
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